Jean Marie Périnel – La Brèche

Nota bene : Les propos sont de Jean Marie Périnel et n’engagent que lui.

Les événements que nous vivons depuis maintenant plusieurs semaines sont violents, incompréhensibles, déstabilisants. C’est peu dire que je suis très affecté, comme d’autres. Ou, pour reprendre une expression de Frédéric Lordon (entendu il y a quelques jours à la radio, dans le cadre d’une émission dédiée aux affects et à Spinoza) : « Vous comprenez, ça me met le tableau électrique en difficulté » !

J’aurai aimé écrire un texte sur la peur, sur le gouvernement des populations par la peur, parce que je crois que c’est là l’essentiel de ce qu’il y a à comprendre en ce moment. Mais, je n’ai lu et compris que trop peu de choses sur cette thématique-là pour me risquer à écrire un texte sur le sujet. Peut-être dans quelques jours…

Alors, j’ai fait un peu le fainéant, je suis resté dans ma « zone de confort » ! J’ai repris (ou enfin lu) des textes collectés dans le cadre de ma recherche du Siaes-Dheps* (séminaire itinérant acteurs et entrepreneurs sociaux – diplôme des hautes études en pratiques sociales) et ça m’aide beaucoup à me mettre en travail de lecture puis d’écriture.

*Démarche de recherche-action proposée par le réseau des Crefad.

Cet écrit est aussi sans doute une manière de tenter de mettre à distance les multiples émotions (peur, colère,…) qui m’assaillent, comme tant d’autres, à l’écoute ou à la lecture des « actualités », et aussi en prenant des « nouvelles » des un-es et des autres, en cette période de pandémie particulièrement sidérante. Parce que je sens bien que ces émotions ne me permettent pas une compréhension et un discernement satisfaisants de la situation.

Qu’est-ce que cette période de confinement a à nous / à me dire ?

Je suis tout d’abord aller voir dans mon dictionnaire historique de la langue française. Au mot confiner, l’on trouve ceci : sens ancien d’« enfermer », idée voisine de « forcer (quelqu’un) à rester dans un espace limité ». Se confiner (forme pronominale) : « être proche par la parenté », « se limiter à un espace restreint ». Signifie aussi « être situé sur les confins de » (confins : terres situées à l’extrémité de la frontière, sens figuré de « passage intermédiaire entre deux situations »). Et je ne résiste pas, en complément de cette définition, à vous transmettre le texte de Sophie Coste, enseignante à Lyon*, paru dans le journal Libération du 3 avril… où il est question de liberté, bien davantage que de sécurité.

*Je crois que cette tribune a fini par me convaincre de diffuser mon présent texte

Ces derniers jours, j’ai lu pas mal de textes, en recherche d’explications et de pistes de travail, pour continuer à cheminer dans ma recherche (comme une lutte pour ne pas laisser se confiner mon cerveau !).

Dans un premier texte, intitulé Biopolitique et état d’exception*, Louis Carré confronte les analyses de Foucault et d’Agamben sur la biopolitique. Je sais bien que c’est le préalable, mais définir cette notion de biopolitique serait, d’une part, prétentieux, tant il a été écrit de textes à son propos (par Foucault mais surtout par tant d’autres dans son sillage) et, d’autre part, forcément réducteur tant la notion est riche et complexe. Disons qu’il y est question du pouvoir et des manières qu’il a d’interférer sur la vie humaine dans son ensemble, des manières plutôt totalisantes (qui saisiraient la vie dans sa globalité) et des effets individualisants (qui façonneraient l’individualité des sujets).

*Louis Carre. Biopolitique et état d’exception. En Jeu : Histoire et mémoire vivantes, 2015 (5), pages 45-53.

Ce biopouvoir, dans sa version politique, étatique, prend en charge la vie des femmes et des hommes (et non plus des âmes -ce qui était le fait des églises- ce que Foucault nomme le pouvoir pastoral*), avec d’un côté le corps (pour le discipliner) et d’un autre côté la population (pour la contrôler). Dans ce contexte, la norme, et notamment la norme statistique, devient l’élément commun, permettant l’exercice rationnel de ce biopouvoir.

*Cette période de confinement nous a même offert l’opportunité d’une réminiscence du « pouvoir pastoral » : le mercredi 25 mars, à 19h30, toutes les cloches des églises de France ont sonné, sur préconisation des évêques… -comme au bon vieux temps où ces mêmes cloches rythmaient la vie quotidienne- avec des petites bougies aux fenêtres comme au temps de la Grande Peste (j’ai beau accomplir ce petit rite -très présent dans la région lyonnaise- chaque 8 décembre, je ne suis pas certain que cela soit très « éclairant » en ce moment).

Pour le philosophe italien Giorgio Agamben, le diagnostic de la modernité est sans appel : il y a une politisation totale de la vie, généralisant l’état d’exception. Sa dernière publication a fait un peu de remous.

Certes, il y commet une fatale erreur statistique (erreur impardonnable en époque pandémique où les chiffres sont les seules données fiables, devenant ainsi l’objet d’une vénération absolue : le nombre de « cas » est ré-actualisé toutes les heures, les pourcentages d’augmentation des personnes infectées rivalisent avec les cartes de propagation du virus,…), mais il y écrit des choses intéressantes comme par exemple :

L’autre facteur, non moins inquiétant, est l’état de peur qui s’est manifestement répandu ces dernières années dans les consciences des individus et qui se traduit par un réel besoin d’états de panique collective, auquel l’épidémie offre une fois de plus le prétexte idéal. Ainsi, dans un cercle vicieux et pervers, la limitation de la liberté imposée par les gouvernements est acceptée au nom d’un désir de sécurité qui a été induit par ces mêmes gouvernements qui interviennent maintenant pour le satisfaire.

Giorgio Agamben : Coronavirus et état d’exception, 26 février 2020

Après -ou en même temps que- la peur du terrorisme, voici venu le temps de l’angoisse des grandes épidémies, tout cela sur fond de peur de l’effondrement (crise climatique, épuisement des matières premières,…). L’état d’urgence sanitaire a remplacé l’état d’urgence.

Mais revenons à Biopolitique et état d’exception. L’auteur précise que, selon Agamben, le « camp » est à présent l’espace qui matérialise l’exception généralisée de la biopolitique moderne. Le camp, c’est « l’espace biopolitique le plus absolu qui ait jamais été réalisé, où le pouvoir n’a en face de lui que la pure vie biologique sans aucune médiation »*. Le camp serait donc le laboratoire d’un nouvel ordre politique qui s’étend progressivement à chaque individu pris un à un.

*Agamben, G. « Qu’est-ce qu’un camp ? », in Moyens sans fins. Notes sur la politique, Payot & Rivages, Paris, 2002, page 51

Chez Agamben, la biopolitique correspond à un projet de « politisation totale » de la vie qui trouve à se matérialiser dans l’espace du camp. La comparaison entre camp et confinement est excessive ? Peut-être… parce que le mot « camp » est chargé d’Histoire (aurais-je franchi le désormais fameux « point Godwin »* ?) et d’actualité, avec la situation faite aux migrants ? Reste que la période de confinement que nous vivons pourrait avoir quelque chose à voir avec une « politisation totale » de nos vies. Et nos logements constitueraient une sorte de camp en « archipel » ?

*Moment où, dans un débat, les adversaires s’injurient ou caricaturent grossièrement les positions de l’autre en faisant allusion à l’Allemagne nazie, toute discussion constructive devenant alors impossible

Avec la présence forte et croissante de divers dispositifs de surveillance. Quant à Foucault, Louis Carré nous rappelle que les notions de biopolitique et de biopouvoir demeurent finalement assez mineures dans ses recherches.
Pour Foucault, le biopouvoir comporte deux dimensions : l’une (versant disciplinaire) est un travail individualisant sur les corps afin de les dresser, les discipliner, les rendre utiles et productifs ; l’autre (versant bio-régulateur) porte sur la régulation du vivant humain dans son ensemble : santé publique, contrôle des naissances, règles d’hygiène,… La particularité de notre situation actuelle de confinement, me semble-t-il, est de réunir les deux dimensions : discipline sur les corps et régulation de la santé publique.
Voilà les deux pôles du biopouvoir réunit en un seul et même acmé politique : disciplinaire et individualisant, et en même temps (hi hi hi !), régulateur et massifiant. Qu’en sera-t-il ensuite, lorsque nous reviendrons « à la normale » ?

Ne vient-on pas de franchir un nouveau palier vers un « État où les fonctions de gouvernement seraient hypertrophiées jusqu’à la gestion quotidienne des individus » ?* ses voisins, alors… et bien alors ce n’est pas une vie ». « S’isoler, refuser tout contact physique et donc renoncer à l’essentiel de sa vie sociale pour faire barrière au virus, c’est ce que préconisent nos gouvernements ». « Aujourd’hui face à la pandémie, on nous demande de mettre de la distance avec l’autre pour le protéger mais surtout pour nous protéger… avec un arrière-goût d’individualisme survivaliste ». Voilà quelques extraits de la revue de presse de France culture, au matin du 16 mars 2020, intitulée l’enfermement progressif du monde.

*Michel Foucault, Dits et écrits II (1976-1988), page 362.

« Des rues qui se vident et des vies comme mises en suspens », voilà comment Le Washington Post décrit ce triste visage qu’offre notre planète. » Comment est-on passé, en quelques jours seulement, d’une société où la mobilité était l’alpha et l’oméga de toute vie digne d’être vécue, à une situation de confinement généralisé ? Car le plus spectaculaire est bien là : le silence, en grande partie dû à l’absence des voitures, des motos, des camions, des avions, vient nous rappeler que l’on ne se déplace plus.

Le renversement est total : les nouveaux pestiférés désormais, ce sont ceux qui bougent -et qui vont donc immanquablement propager le virus-, soit parce qu’ils n’ont pas le choix (les nouveaux damnés de la terre : chauffeurs routier, livreurs, employé-es à domicile,…), soit parce qu’ils ne supportent pas les mesures prises (les irresponsables, les a-normaux, les inadaptés de cette nouvelle vie). Alors, qu’il y a encore quelques jours, pour être dans la « norme » de notre époque, il fallait prendre le TGV, l’avion, la trottinette électrique, pratiquer le covoiturage,… Les sédentaires de nos contrées, soupçonnés d’être un peu réac’, pouvaient même faire peur puisqu’ils étaient potentiellement porteurs du virus « populiste » et de sa forme la plus dangereuse, « Le Pen ».

Mais, ce que nous vivons là est-il finalement si renversant, si extra-ordinaire ?

Je puiserai dans un second texte, de Fehrat Taylan, Le jeu de la liberté et de la sécurité en milieu néolibéral* quelques autres explications nécessaires à ma compréhension de ce moment confiné. Et également, un peu de matériau en vue des prochaines rencontres du réseau des Créfad en novembre prochain, dont le thème sera « Notre devenir furtif : préférer la liberté à la sécurité » !

*Le nouvel esprit du libéralisme, Le Bord de l’eau, 2011.

Dans ce texte, l’auteur s’interroge sur la configuration des rapports de force, dans un régime néolibéral, entre la liberté et la sécurité, étant donné que le pouvoir, dans ce contexte est censé intervenir indirectement sur le milieu, l’environnement, et non pas directement sur les acteurs. Et l’auteur de faire référence au décidément inévitable Foucault pour qui les libertés inaugurées par le libéralisme (liberté de circulation des biens, des personnes et des idées) sont corrélatives des exigences de la sécurité.
Le tournant néolibéral marque une inflexion avec notamment la référence croissante à l’entreprise (et non plus seulement au marché, à l’échange) : l’individu doit à présent se concevoir lui-même, sur le modèle du marché, dans une logique concurrentielle et sous la forme d’une entreprise. Pour ce faire, l’idéologie libérale du laisser-faire cède la place à un interventionnisme d’État qui va organiser et garantir les règles du jeu permettant à chacun-e de devenir entrepreneur de lui-même. « Gouverner, c’est donc bien conduire la conduite des hommes, à condition de préciser que cette conduite est tout autant celle que l’on a vis à vis de soi-même que vis à vis des autres. C’est en quoi le gouvernement requiert la liberté comme sa condition de possibilité »*. L’État néolibéral intervient donc dans les rapports sociaux et se préoccupe de la bonne santé de sa population.
Et, visiblement, quand les circonstances l’imposent, il intervient aussi sur les joueurs, et pas seulement sur les règles du jeu, il intervient sur les acteurs directement et pas seulement sur le milieu, indirectement. Et Foucault de prévenir : l’homo œconomicus est maniable, éminemment gouvernable, y compris lorsque l’État modifie considérablement les variables du milieu.

*11 Laval, C. et Dardot P., La nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Editions la Découverte, Paris, 2009

Fehrat Taylan nous rappelle qu’il existe bien une tendance sécuritaire du néolibéralisme : « tout individu dont le comportement n’obéira pas à ce qui est attendu dans le cadre normatif d’un milieu néolibéral courra le risque d’être exclu des circuits des libertés et « inclus » dans des circuits sécuritaires. ».*

*Il y aurait là matière à prolonger l’analyse avec également la notion de « société de contrôle » chez Gilles Deleuze.

Alors que penser -et que faire ?- lorsque c’est l’ensemble de la population -ou presque- qui est décrétée comme ingouvernable et se voit disciplinée par le confinement ? La « sécurité néolibérale » exigerait donc une quantité « minimale » de contrainte. Et une contrainte maximale dans une situation d’insécurité maximale (ou perçue / construite comme telle) ?
Fehrat Taylan affirme dans son texte que « le néolibéralisme fait coexister une multiplicité exponentielle de formes de gouvernement et de technologies de sécurité qui peuvent nous paraître contradictoires. » Et bien, nous pourrions affirmer que nous vivons actuellement une phase paroxystique de cette contradiction néolibérale…
Et d’ajouter un peu plus loin dans le texte : « Elle [la croissance des réseaux de communication et de commerce] implique aussi la définition, voire la production de nouveaux « dangers » pour légitimer des interventions sécuritaires en contradiction évidente avec le principe d’une liberté de la vie privée, telles que les technologies de traçabilité des individus ou la biométrie. ».
Il se pourrait que le confinement en situation de pandémie fasse désormais partie de la panoplie… Pour conclure sur ce second texte, citons encore Michel Foucault : « il [le libéralisme] ne peut pas manipuler les intérêts sans être en même temps gestionnaire des dangers et des mécanismes de sécurité/liberté, du jeu sécurité/liberté qui doit assurer que les individus ou la collectivité seront le moins possible exposés au danger. ».

Cet individu néolibéral qui devient entrepreneur de lui-même, pour s’adapter à un monde où la concurrence est généralisée, que devient-il en période de confinement (quasi-)total ?! Et bien, il télé-travaille ! Bon d’accord, c’est un peu facile.
Alors, je vais aller sur un autre terrain : celui de la « continuité pédagogique » mise en place par l’Éducation nationale, depuis le 16 mars dernier, date de la fermeture de tous les établissements scolaires et d’enseignement. Et les faits observés à mon domicile (désolé, nous sommes confinés, alors je n’ai pas énormément le choix en terme de diversité des situations concrètes insatisfaisantes !) me permettent de détecter quelques indices d’un « devenir entrepreneur de soi-même ».

Prenons tout d’abord l’exemple d’un élève de classe de 4ème au collège. Comme le jeu est très bien (et très vite… bravo !) organisé, tous les élèves sont égaux sur la ligne de départ (ou presque) : ils ont un ENT (espace numérique de travail), une connexion internet, des enseignants qui leur déposent des cours et des exercices sur cet ENT
Et après ? Il s’agit de déployer des stratégies et des tactiques permettant de s’approprier les contenus, d’organiser son lieu et son temps de travail, de bénéficier d’appui (les parents, les frères et sœurs),… le tout pour rendre son travail (déposé sur l’ENT, au vu de tous les autres camarades, et de leurs parents) le plus rapidement possible (pour s’attirer la « bienveillance » du manager, euh pardon… du professeur ?!).
Il a fallu toute la vigilance du directeur de l’établissement pour qu’une consigne apparaisse très vite : ne faîtes pas tout d’un coup, étaler votre travail, ménagez-vous des temps de repos,… Pris dans un cadre individuel (hors du contexte de la classe) et motivés par des parents inquiets des conséquences de la situation sur les apprentissages de leurs chérubins, la concurrence fonctionne à plein : qui sait, les leçons suivantes arriveront peut-être de manière anticipée pour les élèves les plus rapides ?!

Ensuite, l’exemple d’une élève de classe de terminale, pour qui évidemment -au delà des similitudes de fonctionnement en matière d’ENT, même si là, la maturité et l’autonomie sont plus importantes- l’enjeu de l’examen du baccalauréat modifie un peu la situation. Il est intéressant d’observer les modalités d’organisation d’une épreuve de « bac blanc » à distance, à domicile… Là-encore, tout le monde aura les mêmes sujets, diffusés à la même heure et avec le même temps imparti pour faire son travail, mais chacun-e se débrouille pour optimiser ses propres conditions de travail et donc ses chances de réussite.
Par exemple, une famille nombreuse confinée dans un appartement de taille modeste, en ville, pourra-t- elle garantir les mêmes conditions de tranquillité qu’une famille résidant à la campagne ?

Et enfin, dernier exemple : une étudiante en 3ème année de licence universitaire qui fait délibérément le choix de rester confinée en Angleterre (lieu de déroulement de cette 3ème année, merci le programme Erasmus de l’Union européenne !). Oui, j’ai écrit « choix » car, en l’espèce, il y a eu « choix » parmi deux options de confinement… curieusement, le confinement au domicile des parents n’a pas été retenu… quand on a vingt ans, on n’est pas obligé d’additionner le biopouvoir de l’État (qui nous confine) et celui du pater familias (qui va, par exemple, superviser l’effectivité du travail) ! C’est aussi une manière de signifier : c’est bon, je n’ai plus besoin d’un « cocon refuge » chez papa et maman.
Alors, de quelle manière une université peut-elle organiser des examens, en évitant la proximité de cinq cent étudiants dans un même gymnase, situé sur un campus de plusieurs milliers de congénères ? Et bien, en optant pour l’examen « en ligne » sur internet, durant quarante huit heures, pour solutionner la question du décalage horaire, puisque des étudiants du monde entier sont concernés et qu’ils sont désormais, pour un certain nombre d’entre eux, rentrés chez eux. Là-encore, les conditions de l’examen seront théoriquement les plus égalitaires possibles. Quant aux réalités concrètes et matérielles des un-es et des autres…

*Ce dernier exemple m’a fait penser à Gilles Deleuze et à ce qu’il appelait schématiquement « le remplacement de l’usine par l’entreprise » (une notion que je découvre en lisant le texte de Fehrat Taylan) : la disparition, dans certains pays développés, d’un certain nombre de mécanismes disciplinaires, comme le service militaire obligatoire. Camarades mobilisés contre le SNU (service national universel), vous n’auriez pas envie de nous proposer une petite analyse sous cet angle-là : le SNU comme marqueur du « devenir entrepreneur de soi-même » ?!

Je terminerai par un questionnement, une ouverture, d’autant plus facile que son auteur, Pascal Dibie*, n’a que très peu développé cette notion dans ses travaux. Et en proposant ce questionnement, je ne suis vraiment pas certain de la pertinence de son lien avec notre confinement actuel.
Ce confinement aurait-il à voir avec l’irruption des pratiques stabulatoires -qu’il évoque dans sa postface- dans l’évolution de nos modes de vie, dans notre rapport au monde ? : « Je suis de plus en plus convaincu qu’il y a un rapport direct entre le futur de l’homme et le quotidien actuel de nos animaux d’élevage, qu’il y a là, plus ou moins à notre insu, la mise en place, mieux, l’acceptation d’un « effet stabulatoire », voire d’une philosophie de la stabulation ».
Cette expérimentation subie d’un confinement généralisé va-t-elle générer un développement de pratiques de type stabulatoire ? A nous d’être vigilant pour tenter de déceler cet aspect-là parmi les conséquences de la situation actuelle. Et si quelqu’un-e a le mail ou le téléphone de Vinciane Despret, est-il possible de lui souffler ce sujet pour un de ces prochains livres ?!

*Le village métamorphosé. Révolution dans la France profonde. Plon / Terre humaine poche – 2006/2013 (voir fiche de lecture de Marie-Hélène Dupy, promotion 11 du Siaes-Dheps) 

Dans cette période de grandes incertitudes, une seule chose est acquise pour les semaines et mois à venir : nous n’allons pas manquer de matière pour penser et agir !

Jean-Marie P. – écrit du 25 mars au 3 avril 2020.

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